De l’assignation à l’insoumission

Ou comment comprendre et s’approprier le bijou aujourd’hui.

 

L’assignation

Le bijou identifie le corps comme féminin (ou efféminé), accompagne son évolution, marque des « moments » de ce corps, et codifie publiquement les échanges qu’il tolère.
Préfiguration de « la défloraison sexuelle », cadeau parfois empoisonné ou faire-valoir, le bijou lie souvent, pour ne pas dire assujettit, la femme à son donateur. Il est un objet qui assigne le corps à un rôle ou la séduction tient une place centrale.
Exhausteur de sensualité, il doit cependant respecter certaines étiquettes, devenant sinon symbole d’immoralité. L’ornement, ainsi que le maquillage participent aux techniques de la beauté : la question du « trucage » recoupe ici celle de l’honnêteté, et du rapport qu’entretient ce corps à la nature.

 

Domination

Le préjugé qui donne le bijou comme « trop féminin » a son pendant : l’homme serait celui sans, ou au dessus du bijou. Il s’agit pourtant d’une construction moderne. Longtemps outil du pouvoir, l’ornement apporte la reconnaissance par la visibilité et participe aux opérations de mise en valeur du corps du roi et de sa cour, avant que la nouvelle classe marchande et industrielle ne le délaisse au XIXe siècle. Le bijou « dominant » n’est cependant pas uniquement masculin, et se repère aussi chez les femmes « fatales » ou femmes de pouvoir.
Aujourd’hui le bijou masculin « acceptable » est de préférence fonctionnel, technique (parfois excessivement), permettant de distinguer, en occident, l’homme sérieux et actif, de la femme futile.
Ce bijou d’homme pouvant aussi être un objet de reconnaissance qui désigne un pouvoir collectif, une affiliation corporatrice, plutôt qu’une assignation.

 

Insoumission

La dimension identitaire du bijou n’est pas faite que d’assignation et de domination. Elle condense aussi des histoire communautaires d’insoumission qui refusent les conventions sociales et la dichotomie masculin/féminin.
C’est souvent le porteur qui s’approprie le bijou; en le détachant de ses codes mais aussi de sa dimensions événementielles – il le « de-normativise ». Paradoxalement, en devenant un équipement de tous les jours pour les dandys, les hippies, les punks, les bikers, les gothiques, les rappeurs, etc., le bijou se « spectacularise ». Il s’accompagne souvent d’une sorte d’excès de la norme, transgresse par accumulation ou détournement, obéissant à des codes qui renouent avec des pratiques plus anciennes tout en les réinventant.

 

 

Texte issu de l’exposition Médusa au Musée d’Art Moderne, Paris.