Le bijou dans tout son état. Déstructuré, enivrant, surprenant … il se pose là ou on ne le l’attends pas, tout en réjouissant le propriétaire de l’objet ainsi que le spectateur.

 

L’histoire officielle du bijou est celle d’une élite. La notion de valeur est inhérente au bijou, liée à ses matériaux constitutifs , souvent vus comme « trop précieux ». Sa valeur esthétique, supposée intemporelle, sert de faire-valoir à une valeurs marchande au cours fluctuant, indissociable des mises en scènes du pouvoir. Mais ce bijou ne représente qu’une infime part de la création bijoutière. Son exclusivité suscite même de nombreuses dissidences.

Le bijou de fantaisie, puis le bijou contemporain (dit aussi bijou d’auteur), s’attachent à affirmer des valeurs alternatives, voire à contester délibérément les critères qui sous tendent l’économie du bijou traditionnel. ils emploient à dessein des matériaux abordables, voire pauvres, et des techniques parfois proche du bricolage. Des artistes réalisent des éditions accessibles, dans l’esprit utopique du multiple, meme s’il peut s’agir de pièces uniques.

D’autres valeurs sont aussi convoquées. Les bijoux peuvent s’encrer dans le présent, pour devenir le support de convictions politiques. C’est aussi souvent la valeur sentimentale du bijou qui prime, sans lien direct avec la valeur marchande des matériaux. Le bijou « contemporain » quand à lui, nait du désir iconoclaste de désobéir à un système de valeurs et à une esthétique considérée comme réactionnaire et étriquée : son repertoire, sans limite, est celui de la déconstruction. Le bijou peu ainsi s’afficher, selon les cas, d’une manière plus humoriste, ou plus conceptuelle.

À mi chemin entre la parure et la sculpture, c’est toujours la composante décorative du bijou, en tant qu’ornement « trop corporel » qui prime ou plutôt qui pèche. Parmi ses principaux défauts c’est son rapport au corps qui donne au bijou sa taille, et délimite son domaine. Art du tout petit, il serait donc un petit art : « mini-sculpture », « sous catégorie » ou art des choses portées près du corps, sur le corps, dans le corps : le bijou est aussi immédiatement happé par la sphere de l’intime. Une relation de soumission au corps que certains bijoutiers  et artistes souhaitent justement accentuer ou inverser.

Il existe indubitablement un rapport du bijou à la sculpture : de nombreux bijoux peuvent se passer du corps. Il faut cependant distinguer l’autonomie instrumentalisée du « bijou de puissance »- telle la couronne exhibée qui représente le pouvoir du roi en son absence- de l’émancipation voulue des bijoux contemporains. Parfois importable littéralement , à l’échelle de l’espace plus qu’à celle du corps, le bijou contemporain peut être pensé en dehors du corps. De fait, beaucoup de bijoux se détachent (durablement ou temporairement) du corps humain, pour pénétrer le musée.
D’autres bijoux engagent au contraire un rapport de « codépendance » avec le corps : ils s’activent en même temps qu’ils animent celui qui les porte. Ils peuvent aussi profondément modifier le corps, s’y insérer de manière permanente, abandonnant alors leur role attitré de simple accessoire.

Texte issu de l’exposition Médusa au Musée d’Art Moderne, Paris.